Comment justifier une fausse prédiction en trois étapes ?

Nous sommes le 16 septembre 2015, si vous êtes chrétien et que vous lisez cette chronique, c’est très certainement que vous n’avez pas été enlevé. (1)

Dans ma chronique précédente, j’avais signalé l’existence d’un mouvement évangélique annonçant l’enlèvement pour le 13 ou le 14 septembre 2015, puis le 15 septembre « avant 18h ». Bien évidemment, toutes ces prédictions, pourtant « bibliquement irréfutables » (d’après ceux qui y croient), ont été démenties.

La question qui se pose maintenant est : que vont faire ceux qui ont annoncé cette (fausse) date ? A priori, on pourrait penser que ceux-ci admettront leur(s) erreur(s). Malheureusement, les (nombreux) précédents historiques nous montrent que les choses sont souvent plus compliquées. Je vous propose d’en découvrir deux exemples.

Le Millérisme du XIXe siècle

En 1818, après avoir consacré deux années à l’étude de la Bible, un fermier de Nouvelle-Angleterre, William Miller, était parvenu à la conclusion que la fin du monde aurait lieu en 1843. Il continua ensuite à étudier la Bible, ce qui renforça sa conviction, et commença à en parler autour de lui.

La date approchant, la prédication fut intensifiée. En 1839, il rencontre Joshua V. Himes. Tous les deux décident alors de lancer un journal pour propager cette théorie. A l’approche de 1843, le mouvement gagne de plus en plus d’adeptes, tout en suscitant dans le même temps une vive opposition. Début 1843, un Tabernacle est érigé à Boston et 3500 personnes assistent à sa consécration. En se basant sur le calendrier juif, la date est fixée entre le 21 mars 1843 et le 21 mars 1844. Durant cette année, les jours s’écoulent mais l’ardeur ne faiblit pas. Puis vient la date fatidique qui est passée… et dépassée. On aurait pu alors s’attendre à une perte totale de confiance, les adeptes devant reconnaître publiquement leur erreur. Mais il n’en est rien, bien au contraire.

Si certains sont désillusionnés et quittent le mouvement, ce non-accomplissement produit chez d’autres l’effet inverse et renforce au contraire leur foi et leur ardeur prosélyte. Ainsi, mi-juillet (4 mois après la date annoncée !), les deux leaders du mouvement, Miller et Himes, donnent toujours plus de conférences et se réjouissent que la foi de leurs adeptes n’a jamais été aussi forte. Dans la foulée, une autre date est même proposée, cette fois au jour près : le 22 octobre 1844.

Finalement le 22 octobre 1844 passe et rien ne vient. Cette nouvelle déconvenue, la troisième ou quatrième, marque finalement la fin du mouvement qui se désagrége très vite.

Une telle persistance, malgré les premiers démentis, peut toutefois interroger et c’est cette question qui poussa trois psychologues américains à mener, dans les années 1950, leur propre enquête sur un mouvement similaire.

Les prédictions de Mrs Keech

Pour mener leur enquête, les trois psychologues étudièrent un groupe soucoupiste dirigé par Mrs Keech (2). Celle-ci avait annoncé qu’un cataclysme mondial aurait lieu le 21 décembre 1955. Toutefois, les adeptes de son mouvement sont assurés de survivre à cette catastrophe puisque des extraterrestres viendraient les chercher juste avant pour les emmener dans des soucoupes volantes. La fin du monde approchant, Mrs Keech annonça à ses adeptes que cet enlèvement aura lieu le 17 décembre 1955 à 16h. Dès le début du mois de décembre, ses adeptes commencèrent donc à faire le tri dans leurs affaires pour « voyager léger ». Les objets en métaux, en particulier, n’étaient pas les bienvenus dans les soucoupes volantes.

Le 17 décembre à 16h, les adeptes se réunirent… mais rien ne vint. Pas de panique ! Les adeptes comprirent que cette première date n’était qu’un entrainement et que le vrai enlèvement aurait lieu un peu plus tard. Cette hypothèse fût très vite confirmée par Mrs Keech qui reçoit un message des extraterrestres lui annonçant que ceux-ci sont en route et qu’ils arriveront le 18 décembre, peu après minuit.

Les adeptes se préparent donc à nouveau à partir et attendent jusqu’à 3h20 du matin, mais là encore, rien ne vint. Nul problème, c’était encore un entrainement et Mrs Keech reçoit un nouveau message des extraterrestres qui félicitent tout le groupe pour leur patience.

Finalement, le vrai enlèvement est prévu pour la nuit du 20 au 21 décembre, juste avant le cataclysme. Troisième attente et troisième échec. Cette fois-ci, il n’y ni extraterrestres, ni cataclysme.

On pourrait penser que ces trois démentis successifs conduiraient les adeptes du mouvement à abandonner leur doctrine. Cela est effectivement vrai pour certains qui quittèrent le groupe au fur et à mesure des échecs. D’autres, en revanche, ont continué, trouvant à chaque fois une explication «rationnelle » pour justifier la fausse prédiction.

Je vous propose donc un petit manuel : « comment justifier une fausse prédiction en trois étapes ».

Justifier une fausse prédiction

1) Première étape : Affirmer que l’erreur était positive (et tenter de culpabiliser ceux qui ne sont pas d’accord).

On s’est trompé, mais ce n’est pas grave, car l’erreur a quand été même utile. Dans le cas qui nous intéresse (l’enlèvement de l’Eglise prévu pour septembre 2015), l’explication la plus simple consiste à dire que cette erreur a contribué à « réveiller » l’Eglise et à alerter les chrétiens endormis.

Par ailleurs, on pourra aussi retourner l’accusation en essayant de culpabiliser ceux qui avaient mis en garde contre cette fausse prédiction en les accusant d’être des moqueurs. On dégainera bien sûr le verset de 2 Pierre 3 :3 (et éventuellement Jude 1 : 18). Ainsi les chrétiens qui ont cru à cette fausse prédiction sont en réalité de pieux croyants victimes de pharisiens incrédules.

2) Deuxième étape : proposer une explication.

Bien évidemment, il faut quand même expliquer pourquoi on s’est trompé sur la date et trouver une excuse «rationnelle».  Au vu de la méthode employée pour « prédire » le 13 ou le 14 septembre, on invoquera certainement un problème de calendrier ou un mauvais calcul.

3) Troisième étape : donner une nouvelle date.

Enfin, et surtout, on n’hésitera pas à proposer une nouvelle date afin d’entretenir la ferveur des adeptes. Ce « décalage » a d’ailleurs commencé, puisque l’enlèvement initialement prévu entre le 13 et le 14 septembre, puis plus précisément le lundi 14 septembre entre 8h et 9h a finalement été repoussé au mardi 15 septembre « avant » 18h00.

Conclusion

Pour cette chronique, j’ai volontairement choisi des exemples un peu ancien, dont un qui ne concernait pas directement le christianisme.

Toutefois ces fausses prédictions constituent bien un problème récurrent dans le monde évangélique. Il y a quelques années, un autre enseignant avait déjà annoncé l’enlèvement lors de la fête des trompettes de 2007 ou 2008 (oui on mêle souvent les fêtes juives à ces questions) (3)

Ces prédictions pourraient faire rire, mais elles ont malheureusement des conséquences négatives très importantes que j’ai déjà pointées dans ma chronique précédente :

1) Elles risquent de décourager les chrétiens qui ont pu se faire berner. D’après des témoignages que j’ai pu lire, certains chrétiens sont même allés en Israël pour être à Jérusalem lors de l’enlèvement …

2) Surtout elles décrédibilisent la Bible auprès des non-croyants. Les adeptes de cette théorie ont inondé les réseaux sociaux (notamment Facebook) de messages écrits et de vidéos affirmant qu’il était « bibliquement irréfutable » que l’enlèvement aurait lieu aux dates annoncées (13 ou 14, puis 15 septembre 2015). Une fois ces dates dépassées, que pensera leur entourage non-croyant de tout cela ?

David Vincent

Notes

(1) Certains proposent d’autres dates. Il suffit juste de conserver cette chronique bien au chaud dans vos favoris et la ressortir un jour après la date annoncée. Exemple, pour ceux qui annoncent la venue de Jésus en novembre 2015, il suffira de lire ou de relire cette chronique le 1er décembre 2015. (2) Il s’agit d’un pseudonyme choisi par les psychologues. Son vrai nom est Dorothy Martin (3) Pour ceux qui souhaitent savoir pourquoi je pense que les fêtes juives n’ont rien à voir avec l’enlèvement

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